Des agents et des irresponsables

D’un point de vue informatique, les agents sont des programmes qui tournent en tache de fond, surveillent ce qui se passe dans un système et agissent selon ce pour quoi il a été créé.
Ces agents se chargent (démarrent) au tout début du démarrage des systèmes d’exploitation (parfois même avant), afin que les actions déclenchées par les autres programmes ou l’utilisateur provoquent les effets voulus.
Par exemple, vous démarrez votre ordinateur, et tandis que vous voyez apparaître le bureau, il y a déjà toute une flopée d’agents surveillant tous vos faits et gestes et qui agissent en conséquence. Leurs fonctions peuvent aller de l’ouverture d’un composant du système nécessaire aux chargements des emails depuis l’Internet, à la surveillance de tout ce que vous tapez au clavier, en passant par la fermeture des accès que vous tenteriez d’emprunter. Cependant, contrairement à d’autres programmes, les agents font partie du système et sont là pour veiller à ce qu’il n’y ait pas d’évènement mettant en péril ce dernier.
À présent que vous savez à peu près ce que sont les agents, nous pouvons parler de LOPSI. Quel rapport y-a-t-il entre les agents et LOPSI? La surveillance du réseau et de ses usagers.
La LOPSI (la Loi d’Orientation pour la Programmation et la Sécurité Intérieure) prévoit l’établissement des moyens techniques afin d’assurer la surveillance du réseau et de ceux qui le composent. Qui compose l’Internet? Les utilisateurs essentiellement. Il y a également les services me direz-vous, cependant les centaines de millions d’internautes utilisent quelques centaines de services web (on peut en avoir une idée en regardant le classement des sites les plus visités).
Donc qui veut surveiller l’Internet, surveille ses usagers. Mais comment mieux surveiller les utilisateurs de l’Internet, si ce n’est en installant des agents sur tous les points d’accès au réseau ?
Donc le gouvernement français, dans sa volonté de vouloir tout contrôler, même l’incontrôlable (a priori), à décidé de mettre en place LOPSI (deuxième version, la première datant de 2002), dont le but avoué est de lutter contre la cybercriminalité (cyberpédophilie, cyberterrorisme…), et qui dans les faits se traduira par l’installation obligatoire et systématique d’un “système de sécurité” grâce à des logiciels labellisés “HADOPI powered”.
Ainsi donc, des agents de l’Etat seront infiltrés dans chaque ordinateur (ceux officiellement approuvés), chaque téléphone, chaque télévision, chaque terminal permettant de communiquer avec le monde, afin d’assurer la surveillance et le bon fonctionnement du système. Tout cela afin de satisfaire la soif de pouvoir et d’argent de nous savons qui.
Chaque mot, chaque remarque, chaque prise de décision aura très prochainement beaucoup plus de conséquences que nous ne pouvons l’imaginer. Tout cela semble être de la science-fiction me direz-vous, mais si nous n’y prenons pas garde, tout ceci risque bien de se réaliser.
Dès le 1er juillet de cette année 2009, les premières salves de la riposte graduée vont être lancées. La France se transformera alors en laboratoire pour le monde. Une première à ne surtout pas manquer par les pays voisins. Le “prototype v0″ prévoit le traitement de 100 cas par jour. Fin juillet, la deuxième phase sera lancée suivi en septembre de la phase 3, permettant alors le traitement automatisé de 1 000 cas par jour.
Est-ce que cela est possible ? Aucune étude de faisabilité n’a été faite à ce jour. Qu’à cela ne tienne, nous connaissons tous des manières élégantes et tout en finesse de notre gouvernement. Même si tout cela semble absurde, ils feront tout pour le mettre en place (et ils ont déjà commencé), car l’on pouvait lire dans “Le virus informatique”, il y a quelques années déjà, qu’il existe des systèmes de collecte des adresses IP de celles et ceux utilisant les réseaux P2P. D’où la réinsertion du chapitre sur la rétroaction de l’application des sanctions, pour les internautes ayant téléchargé illégalement du contenu sur l’Internet avant même l’adoption de la loi. Une première donc!
Ainsi, donc, nous finirons peut-être tous (enfin c’est ce que pensent les majors et le gouvernement) avec des mouchards installés dans nos appareils de communication, avertissant l’HADOPI et ses agents de tous nos faits et gestes. Des agents alertant d’autres agents. Ces derniers se chargeront d’envoyer massivement leurs spams, que cela soit justifié ou non (usurpation d’identité, bug du mouchard le rendant inopérant et vous mettant donc dans l’illégalité…). Et à vous de justifier votre innocence tout en continuant de payer votre connexion à l’Internet.
Ces méthodes témoignent bien de l’ignorance totale des commanditaires de cette loi et de celles et ceux qui l’ont voté. En outre, tout comme pour ces voyous en costard, la Loi Création et Internet dégage de toute responsabilité l’HADOPI. En effet, pour la mise en pratique de ces mesures, le prestataire technique choisi “reconnaît avoir été informé du caractère stratégique de la mise en oeuvre de l’outil et des graves conséquences qu’auraient pour HADOPI une mauvaise qualité des prestations réalisées par le titulaire telles que notamment le non-respect des délais d’exécution, ou des niveaux de performances, d’existence de failles de sécurité ou une indisponibilité totale voire partielle de l’outil”.
En clair, mes voisins âgés de 75 ans auront la responsabilité de sécuriser leur réseau tandis que l’HADOPI et l’Etat se dégagent, eux, de toute responsabilité, mettant tout sur le dos du prestataire technique qui, lui, a une obligation de résultat. Donc en cas d’erreur de traitement, les pas-nous-pas-nous en costard n’auront rien à craindre. Une attitude digne des personnes qui nous gouvernent et que nous avons placées là où elles se tiennent aujourd’hui.
Dans un souci de traitement en masse et rapide, l’HADOPI préconise le minimum d’intervention humaine. “La Haute Autorité souhaitera limiter au maximum le traitement manuel de saisie afin d’éviter les risques d’erreur et de disposer de plus de temps pour le traitement de tâches à plus forte valeur ajoutée. Automatiser la collecte des informations est donc un enjeu majeur”. Cet aspect “performance” revient particulièrement souvent dans les documents technique et administratif de la mise en place de LOPSI. Performance, Agent, Surveillance, Contrôle…Voilà ce vers quoi l’on veut nous amener. Remplacer l’humain par de plus en plus d’agents, voilà bien quelque chose de dangereux.
Quel que soit le lieu ou l’époque, l’histoire tend à se répéter car faute de mémoire, nous nous endormons et demeurons aveugles à ce qu’il se passe.

La France prévaut…






